“Sans Logique” ou la vaine révolte

sanslogiquePeut-être mon clip préféré, « Sans Logique » introduit un élément nouveau dans la philosophie de Mylène Farmer, qu’elle reprendra d’ailleurs dans un de ses autres clips, « Désenchantée »: la révolte.

L’histoire débute banalement (!) dans le décors dépouillé d’une terre stérile et délavée par le temps qui, sans relâche, érode tout ce qu’il rencontre sur sa route.
Mylène Farmer et un jeune espagnol à la beauté féminine pratiquent un rituel aussi profond et troublant que celui d’une communion du sang, témoin potentiel de leur amour naissant.
L’arrivée d’un groupe de personnes âgées provoque de l’agitation chez les jeunes membres de la communauté. Ils se préparent pour une représentation théâtrale.
La nouvelle venue, rousse, est alors coiffée d’une couronne aux cornes d’acier qu’elle arbore avec un regard encore naïf et innocent.
Le spectacle commence…
Le public de vieux est installé sur un banc et admire la sérénade qu’il semble connaître par cœur. Tout est prémédité. Chaque geste est prévu par avance, même la mise à mort, au cours de laquelle une épée d’acier traverse le dos du taureau humain.
Applaudissements et explosion de joie dans le public qui fait semblant de se prendre au jeu de la surprise.
Mais personne ne remarque la petite fille… Cette petite fille au crucifix qui change sans raison apparente de place pour venir s’installer auprès de ses aïeux réactionnaires.
Or, quelque chose dérape. L’imprévu catastrophique se prépare, alors que personne n’avait jamais osé l’imaginer.
Mylène Farmer, aux cheveux flamboyants comme un feu infernal, en proie à une pulsion incontrôlable, effectue une ultime charge… meurtrière !
Alors que le toréro s’effondre sur le sol froid, l’horreur glace l’assemblée, stupéfaite. Déçue, elle quitte la piste, incapable de supporter une telle issue.

Je m’oserai ici à une interprétation qui n’implique que moi.
Je parlais tout à l’heure du thème de la révolte. En effet, on ne peut qu’être frappé par le contraste qui existe entre un acte du clip (la charge ultime) et la première partie. En effet, alors que la procédure semble réglée comme du papier à musique dans le déroulement du spectacle, un seul acte vient provoquer, non pas la colère et autres élans de protestations, mais un rejet, une tentative de déni de l’acte coupable. Les ancêtres, venus du village, symbolisent tout ce qui est conformité sociale, obéissance aux règles et orthodoxie de vie.
La corrida bien orchestrée n’est autre que l’ensemble des expectatives que « ceux qui ont vécu » portent sur le parcours des générations nouvelles.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, celui-ci est loin d’être lié à la liberté intrinsèque des personnes (le clip plaide pour son existence !), mais à une série d’attentes issues de l’esprit réactionnaire de la majorité quasi omnipotente qui constitue, entre autres, la société.
Ici intervient l’élément important du film : un dérapage par rapport aux expectatives du public et la réalité présente.
Mylène Farmer brise un tabou séculaire dans le seul but de poser sa volonté contre celle des autres. En effet, cette pulsion incontrôlable ne semble répondre qu’à une seule injonction : briser la chaîne sans fin insupportable. Elle ne réfléchit même pas aux conséquences secondaires de son acte.
La pierre fait mouche ! Le temps semble s’arrêter suite à cet acte insensé.
Seule conséquence de cette rébellion : le départ de la scène des vieux, laissant Mylène Farmer seule, contemplant les derniers instants de l’homme pour qui elle vivait…
L’acte rebelle est devenu pitoyable. Une vaine mutinerie, sans récompense aucune au courageux qui l’aurait accomplie…

Le concept de « rébellion vaine » est profond et troublant. On ne compte plus dans notre société actuelle le nombre de soi-disant rebelles qui s’insurgent contre les règles sociales. La question que pose Mylène Farmer ici, est celle de la recherche des conséquences réelles de tels actes.
Cependant, remarquons que la charge meurtrière se caractérise notamment par son côté désespéré, irréfléchi, trop spontané (le pouvoir au Ca).
Le social est un adversaire surpuissant qu’il ne faut défier que quand on est sûr de posséder les armes nécessaires pour survivre soi-même.

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Le libre arbitre et Lucifer

Fallen_angelEn criminologie, la notion de libre arbitre est incontournable car elle focalise en elle un débat complexe et passionné qui perdure encore aujourd’hui.

Elle connut sa période de gloire au XVIIIème siècle juste après la Révolution Française avec l’émergence de la philosophie des Lumières qui marqua profondément la réforme des institutions sociales. Les codes pénaux écrits à ce moment placèrent la responsabilité comme clef de voûte du système punitif : c’est parce qu’un citoyen a délibérément choisi d’enfreindre la loi qu’il peut (et doit) être puni.

Pour les Lumières, les hommes sont des êtres rationnels qui opèrent des choix ayant des conséquences prévisibles. Par conséquent, pour les juristes, la plupart des citoyens sont dotés d’un libre arbitre.

Quelques décennies plus tard, certains médecins et intellectuels contestèrent vivement ce postulat. Faisant usage d’une terminologie scientifique, les tenants de ce qu’on appelle l’école positiviste, affirmèrent que les êtres humains sont grandement déterminés par leur biologie, leur éducation et leur environnement. Ils proposèrent ainsi d’abandonner l’idée d’un libre arbitre des délinquants. Peut-on effectivement reprocher à un homme de commettre des délits s’il est né avec cette propension ? Peut-on être reconnu coupable d’être comme on est ? Ce débat hante encore très fréquemment les questions relatives à la délinquance. Il n’est toutefois pas nouveau dans l’histoire de l’humanité. En effet, dès le deuxième siècle de l’ère chrétienne, les Pères de l’Eglise se posèrent une question similaire concernant un ange particulier : Lucifer.

Dans la tradition hébraïque, l’Eternel est entouré d’anges et d’archanges qui se retrouvent ainsi entre le créateur originel et les hommes créés ultérieurement. Ces anges sont porteurs des intentions divines auxquelles ils sont par conséquent soumis. Or, l’ange préféré de l’Eternel, Lucifer, se rebella contre l’autorité de son Père et ambitionna de le surpasser. Mécontent, l’Eternel provoqua sa chute aux tréfonds des abysses, loin de la lumière divine. Le porteur de lumière (« lux », la lumière et « ferre », porter en latin) fut ainsi projeté dans le monde des ténèbres jusqu’à la fin de temps. De ce monde inférieur, il influence les hommes et tente de les éloigner des préceptes divins. Ce fut lui qui incita Adam et Eve à désobéir à l’Eternel en goûtant au fruit de l’arbre de la connaissance, provoquant ainsi leur expulsion du jardin d’Eden. Lucifer est l’antagoniste principal de Dieu, associé à Satan et au Diable.

Depuis près de deux mille ans, le personnage de Lucifer hante l’imaginaire collectif. Il est la figure diabolique principale, corrompt les hommes, inspire les sorcières, incite au vice ou au meurtre. Victor Hugo lui a consacré un texte lyrique (« La fin de Satan », 1886). Une série télévisée américaine réalisée en 2016 par Tom Kapinos, adaptée du personnage de bandes dessinées créé par Neil Gaiman, Sam Keith et Mike Dringenberg, le fait évoluer dans le monde contemporain. En 2016, le huitième album d’Enigma, écrit par Michael Cretu est intitulé “The Fall of a Rebel Angel”.

Quelles sont les origines de ce personnage ? Pourquoi est-il assimilé au mal ? Dit autrement : qu’est-ce que le mal aux yeux des Pères de l’Eglise chrétienne ?

Aux origines : un astre lumineux

Durant l’antiquité, les astronomes avaient repéré la présence d’un astre particulièrement lumineux qui apparaît toujours le premier dans le ciel du soir et disparaît le dernier dans le ciel du matin. Cet l’astre le plus brillant du ciel, après le Soleil et la Lune – qui est en réalité la planète Vénus – fut qualifié de porteur de lumière et donc appelé Lucifer. C’est l’étoile du berger.

Le thème de Lucifer passa ensuite du domaine de l’astrologie à celui de la théologie. La version de la bible (ancien et nouveau testament réunis) traduite par Jérôme de Stridon dès 390 de l’ère chrétienne (c’est la Vulgate), situe la première apparition de Lucifer (Helel en grec). Un texte du prophète d’Isaïe relate la déchéance d’un roi babylonien qui pourrait bien être Nabuchodonozor II (mort en – 562), destructeur supposé du temple de Salomon en – 586 :

« Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ? Tu as été abattu à terre, tu (n’) exerces (plus que) l’inanité des nations. C’est toi qui disais dans ton cœur : je monterai aux cieux, au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône. Je siègerai sur la montagne du rendez-vous, aux confins du Septentrion. Je monterai sur les hauteurs de la nuée, je m’égalerai au Très-Haut. »

Le texte évoque la disgrâce de ce roi dont la dépouille aurait été livrée à tous les outrages et sa descendance massacrée en représailles supposées de l’offense faite au dieu hébreux.

Selon Vercruysse (2001, p. 155) :

« Théodoret établit un lien entre la vanité du roi et la statue d’or que ce dernier fit ériger pour être adorée par tous […], et il explique que le roi est comparé à l’astre du matin parce qu’il vivait dans l’illusion d’être semblable à cet astre ».

Vouloir égaler – et à plus forte raison surpasser – le dieu unique des Hébreux ne pouvait mener qu’à une punition exemplaire : grandeur et décadence visible aux yeux de tous !

De personnage réel du roi de Babylone, un pas suivant fut franchi avec le thème de l’archange déchu : Lucifer était l’’ange préféré de Dieu mais trahit sa confiance au point d’être sévèrement puni.

Le Livre des Secrets d’Hénoch (ou II Hénoch) rapporte l’épisode suivant :

« Un, de l’ordre des Archanges, faisant défection avec l’ordre qui était sous lui, conçut la pensée impossible d’établir son trône plus haut que les nuages au-dessus de la terre, pour être égal à ma puissance. Et je le rejetai des hauteurs avec ses Anges et il était volant dans l’air perpétuellement au-dessus de l’abîme ».

L’attitude de Lucifer avant sa chute

Une question tarauda bientôt les Pères du christianisme : Lucifer était-il mauvais dès l’origine ou l’est-il devenu ultérieurement ?

Une phrase de Jésus adressée aux Hébreux qui souhaitaient le tuer invitait à penser que le diable « était homicide dès l’origine » (Première Epître de Jean, 3, 8).

Mais cette conception les confronta à un paradoxe insoluble car cela aura signifié que Lucifer avait été créé rebelle par son Père. Ce dernier aurait ainsi créé le mal à dessein. Mais comment Dieu aurait-il pu blâmer Lucifer s’il l’avait prédestiné à s’opposer à lui ? Pourquoi lui aurait-il réservé un tel châtiment alors qu’il n’aurait exécuté que la volonté de son divin Père ? C’est vers l’hypothèse de la révolte délibérément choisie qu’ils se tournèrent alors.

« Et Augustin explique que « Lucifer est le nom de quelqu’un qui est tombé : c’était un ange, il est devenu un démon ». C’était un « porte-lumière » car « il brillait de la lumière qu’il avait reçue ». Autrement dit, Lucifer a connu la félicité, mais il est devenu ténébreux puisque selon la parole transcrite dans Jean : « il ne s’est pas tenu dans la vérité » (Vercruysse, 2001, p. 159).

Lucifer a donc fait le choix de s’opposer à son père selon un notion importante, celle du libre arbitre. C’est en connaissance de cause qu’il défia son Père. A l’instar d’une autre figure mythologique, Prométhée, Lucifer défia sciemment l’ordre divin et ouvrit la voie de la transgression aux hommes. C’est lui qui convainquit Eve de goûter au fruit défendu. Ce fruit apporta la connaissance du bien et du mal. Chassés du jardin d’Eden, Adam, Eve et donc toute l’humanité furent condamnés à choisir entre la voie du bien ou la voie du mal, éclairés par la connaissance issue du fruit, autrement dit du libre arbitre. Et dure est la voie du choix.

Le serpent dit ainsi à Eve : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Genèse, 3,5)

Augustin distingue Lucifer en lui-même (la tête) et ceux qui le servent sur terre (son corps). Les hommes sont donc susceptibles d’opérer un choix : se diriger vers la lumière de Dieu ou vers les ténèbres pour lesquelles le diable a ouvert la voie.

Selon Vercruysse (2001, p. 157) :

« La nature originelle de Lucifer est la même que celle de toutes les créatures raisonnables, qu’il s’agisse des anges ou des hommes. Dieu l’a créé bon. C’est l’une des constantes de la théologie d’Origène : tous les êtres doués d’intelligence ont été créés en même temps et avec une nature identique, avant le monde matériel. Lucifer est devenu mauvais non par nature, mais par le choix de sa volonté. Seules les trois personnes de la Trinité possèdent une bonté substantielle absolue et immuable alors que les créatures ont une bonté accidentelle, soumise aux aléas de leur libre arbitre. »

Les Pères se sont vivement opposés aux conceptions manichéennes (supposant deux divinités en présence) afin d’affirmer l’unique souveraineté d’un Dieu qui est à la fois vie et bien. Dans ce sens, Lucifer ne peut être reconnu comme un dieu rival mais plutôt comme un tentateur susceptible d’éloigner les Hommes des préceptes du Dieu unique.

Pourquoi Lucifer a-t-il été déchu ?

Plusieurs raisons ont amené Dieu à punir Lucifer.

La concupiscence de la chair

Dès la Genèse, le thème de la tentation est mis en exergue.

Créés nus par l’Eternel, Adam et Eve évoluent bienheureux dans le jardin d’Eden. Mais après avoir gouté le fruit de la connaissance du bien et du mal, « ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures » (Genèse, 3,7). Autrement dit, ils devinrent pudiques, cachèrent leur sexe respectif, indices de l’éveil d’une sexualité coupable. Et plus loin :

« Quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la terre et qu’ils eurent des filles, les fils des dieux s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent pour eux des femmes parmi toutes celles qu’ils avaient distinguées. Alors le Seigneur dit : « Mon souffle n’habitera pas indéfiniment dans l’homme : celui-ci s’égare, il n’est qu’un être de chair, sa vie ne durera que cent vingt ans.  » (Genèse, Chapitre 6)

L’homme et la femme éprouvent des désirs sexuels et subissent la tentation de la chair. Or, cette tentation rappelle immanquablement le péché originel, la faiblesse d’Adam et d’Eve qui ne purent réprimer leurs élans passionnels. Avoir chFrancisco_de_Goya_y_Lucientes_-_Witches'_Sabbath_-_WGA10007oisi d’écouter le serpent diabolique est l’erreur primitive ayant causé les souffrances que connaît l’humanité toute entière. Selon Origène, le serpent de la Genèse, Satan l’adversaire qui n’hésite pas à défier Dieu dans le livre de Job et Lucifer sont une même entité maléfique. Dès le troisième siècle, l’unicité du diable, du serpent et de Lucifer est établie par les Pères.

Par conséquent, le diable est souvent représenté de manière lubrique et influence les hommes vers la voie du plaisir immédiat et physique alors que la félicité divine est de nature spirituelle. L’esprit est divin, le corps est diabolique.

La jalousie

Une autre caractéristique de Lucifer est d’avoir souffert de la création des Hommes par son Père. Il se mit bientôt à les envier, raison pour laquelle il entreprit de provoquer leur exclusion du jardin d’Eden.

Entre 196 et 204 après Jésus-Christ, Tertullien écrit le premier traité chrétien sur une vertu, la patience, à laquelle il accorde la prééminence sur toutes les autres. A l’opposé de la patience : l’envie et la jalousie pour les autres.

Ce vice a surgi à partir du moment où le diable n’a pas supporté que Dieu eût confié à l’homme toutes les œuvres de sa création.

L’impatience a entraîné l’affliction (dolor), l’affliction la haine (inuidia) et cette haine a conduit le diable à tromper l’homme (deceptio).

Pour Cyprien, l’envie est la racine de tous les maux. Selon lui, sans nommer explicitement Lucifer, il y fait manifestement allusion lorsqu’il écrit :

« Lui qui était doué de l’angélique majesté, qui était agréable à Dieu et aimé, une fois qu’il vit l’homme créé à l’image de Dieu, une envie malveillante le précipita dans la jalousie […] Quel mal, mes frères bien aimés, que celui qui a causé la chute d’un ange ; qui a pu assiéger et bouleverser la nature la plus noble sortie des mains du Créateur, qui a trompé celui-là même qui trompait ! ».

L’orgueil

Nous l’avons déjà dit plus haut, Lucifer entreprit de briller plus intensément que le soleil succombant ainsi à la tentation de surpasser son Père, alors garant de l’ordre des choses.

Vers l’an 400, Prudence écrivit ces vers :

« Fier de sa grandeur, il s’enorgueillit de sa force excessive, il s’enfla présomptueusement, se vanta avec trop de hauteur, fit briller son éclat avec plus d’ostentation qu’il n’en avait le droit. »

On retrouvait déjà la prétention blasphématoire exprimée au verset 14 d’Isaïe : « Je serai semblable au Très-Haut »

Pour les Pères, l’arrogance du diable s’oppose à l’humilité du Christ, qui se soumet à la volonté de Dieu. Là où le Christ accepte sa condition, Lucifer la conteste, remettant ainsi en cause l’autorité divine.

Deux mille ans plus tard : le libre arbitre chrétien toujours présent

Pour Vercruysse (2001), la première représentation du diable daterait de 520 de l’ère chrétienne dans une mosaïque du mur nord de l’Église Sant’Apollinare Nuovo à Ravenne en Italie. Elle illustre la parabole de la séparation des boucs et des brebis.

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« Puis [le Roi] dira à ceux qui seront à sa gauche : “Éloignez- vous de moi, vous qui avez été maudits, et allez dans le feu éternel préparé pour le Diable et ses anges. Car j’ai eu faim, mais vous ne m’avez pas donné à manger. J’ai eu soif, mais vous ne m’avez pas donné à boire. J’étais un étranger, mais vous ne m’avez pas accueilli avec hospitalité. J’étais nu, mais vous ne m’avez pas habillé. J’étais malade et en prison, mais vous n’avez pas pris soin de moi” » (Matthieu 25:41-43).

Sur la mosaïque, le Diable y est figuré à la gauche du Christ, du côté des boucs, sous la forme d’un ange de couleur bleue alors que son pendant représente un ange de couleur rouge.

Les notions de bien et de mal ont traversé les siècles pour jouer encore aujourd’hui un rôle prépondérant de ce qui soutient l’ordre social. Le mal est vecteur de chaos car il fragilise le discours divin et ravive les erreurs originelles. Bien entendu, dans les pays qui ont distingué le pouvoir politique du pouvoir religieux, le rôle joué par la morale chrétienne est devenu moins évident. Cela ne signifie nullement qu’il n’existe pas. Au contraire, les valeurs religieuses ayant façonné les mentalités sociales durant des milliers d’années, il paraîtrait étonnant qu’elles aient subitement disparu sans laisser la moindre trace.

Ainsi ont-elles influencé le système pénal contemporain en mettant le libre arbitre du citoyen comme condition sine qua non à son fonctionnement. Le débat ayant porté sur le libre choix de Lucifer a donc eu une influence majeure sur le paradigme chrétien : les Hommes choisissent d’emprunter une voie morale ou une autre. La notion de déterminisme moral est incompatible avec celui du libre choix. Par conséquent, c’est le paradigme chrétien qui soutient depuis plusieurs centaines d’années l’idée que les humains effectuent un choix et ce jusqu’à leur dernier souffle, raison pour laquelle une rédemption reste toujours possible.

Référence :
Vercruysse Jean-Marc. Les Pères de l’Église et Lucifer (Lucifer d’après Is 14 et Ez 28). In: Revue des Sciences Religieuses, tome 75, fascicule 2, 2001. pp. 147-174; http://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_2001_num_75_2_3572

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La Sombre Triade et Nicolas Machiavel

thedarktriadEn psychiatrie, la tendance à avoir des comportements agressifs envers autrui et à transgresser les règles sociales a porté plusieurs noms : manie sans délire, monomanie homicide, perversion, sociopathie, psychopathie et personnalité antisociale en sont les plus connus. Depuis quelques années maintenant, un nouveau concept gagne en intérêt chez les chercheurs et fait l’objet de publications scientifique : il s’agit de la sombre triade (en anglais « dark triad »). Une récente méta-analyse (une étude qui vise à analyser les études réalisées sur un même sujet) effectuée par Muris, Merckelbach, Otgaar et Meijer (2017) nous permet de faire le point sur la sombre triade en se référant à la littérature scientifique.

Le point de départ intellectuel est celui-ci : une proportion importante de personnes transgressent les normes sociales et les valeurs morales en s’engageant dans des comportements tels que la violence physique, le vol, le mensonge, la tromperie, la tricherie et l’intimidation. En ce qui concerne les origines de ces comportements, les chercheurs ont souligné les influences environnementales, arguant que certains individus n’ont pas appris à vivre selon les normes et valeurs de base ou vivent dans des circonstances où ils ne souhaitent plus observer de telles règles. En outre, des preuves montrent que le comportement antisocial a des racines génétiques, bien qu’il ne s’exprime que dans des environnements défavorables.

Figure 1. Nombre de publications sur les traits de personnalité de la triade noire par an depuis son introduction par Paulhus et Williams (2002). Basé sur une recherche de littérature dans Web-of-Science. Depuis quinze ans, un nombre croissant d’études a exploré trois traits de personnalité spécifiques associés à des comportements transgressifs et violant la norme : le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie. Ces caractéristiques étant jugées essentielles dans de nombreux actes de violation de la norme, Paulhus et Williams (2002) ont inventé le terme de sombre triade de la personnalité.

  • Les caractéristiques fondamentales du narcissisme sont un mélange de vanité et d’admiration égocentrique de ses propres qualités qui ont un impact négatif sur les relations avec d’autres personnes.

  • Les psychologues Christie et Geis (1970) se sont référés au machiavélisme comme un style interpersonnel manipulateur, caractérisé par un mépris cynique pour la moralité et un attrait particulier pour l’intérêt personnel et le gain personnel.

  • Le concept de psychopathie a ses racines dans la psychiatrie, où des cliniciens tels que Cleckley (1941) ont effectué des observations systématiques pour caractériser un groupe de patients présentant un comportement antisocial persistant, une empathie et un remords diminués, et des comportements désinhibés et audacieux, parfois couverts par un voile de charme superficiel.

On pourrait dire que les concepts de narcissisme et de psychopathie sont classiques dans les traités de psychopathologie du passage à l’acte. Relevons toutefois ici le surgissement d’un nouveau concept : le machiavélisme.

Arrêtons nous un moment sur celui-ci pour savoir ce qu’il recouvre.

Le terme fait directement référence à Nicolas Machiavel, un noble né en 1469 et mort en 1527 dans la ville qu’il aimait tant : Florence.

Fils de Bernard Machiavel, trésorier du pape, Nicolas Machiavel s’investit rapidement dans la vie politique de Florence. Il était passionné de sciences politiques et s’interrogeait sur les enjeux du pouvoir. En 1512, au retour d’exil des Médicis, ces derniers le soupçonnèrent d’avoir participé au coup d’état contre eux. Il fut alors lui-même contraint à l’exil à l’extérieur de la ville où il avait une résidence personnelle.

C’est dans celle-ci qu’il se dévoua à l’écriture de traités relatifs à la politique italienne. Favorable à l’unification de l’Italie, il entreprit d’identifier les qualités nécessaires aux dirigeants afin de galvaniser leur peuple. Pour ce faire, il s’inspira grandement des textes antiques et plus précisément des empereurs romains qui étaient parvenus à contrôler le pourtour de la Méditerranée durant plusieurs siècles.

En 1502, il fut particulièrement marqué par les qualités de César Borgia, comte de Valentinois qui n’était autre que le fils du pape Alexandre VI.

En 1513, il écrivit un ouvrage, « Le Prince », à destination de Laurent II de Médicis afin de lui prodiguer des conseils de bonne gouvernance, espérant par la même occasion revenir dans les bonnes grâces de la famille régnante. Il obtint gain de cause et put revenir à Florence en 1514 où il poursuivit l’écriture d’autres textes. Il y mourut en 1527.

« Le Prince » n’était pas un livre destiné au grand public mais il s’agit du texte que l’histoire semble avoir choisi comme le plus emblématique de la pensée machiavélienne. A l’aide d’exemples et de contre-exemples historiques, Machiavel rapporte ce qui fut fructueux ou non chez un dirigeant pour parvenir à rassembler son peuple.  Au chapitre XV, Machiavel le dit clairement :

« Il faut […] qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité. »

Et plus loin :

 » […] à bien examiner les choses, on trouve que, comme il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui feraient la ruine du prince, de même il en est d’autres qui paraissent être des vices, et dont peuvent résulter néanmoins sa conservation et son bien-être »

Un seigneur doit-il utiliser la violence (et être craint) ou doit-il être clément (et donc aimé) ? Pour Machiavel, un juste milieu doit être trouvé :

« En faisant un petit nombre d’exemples de rigueur [il évoque ici César Borgia qui avait coupé en deux un de ses opposants], vous serez plus clément que ceux qui, par trop de pitié, laissent s’élever des désordres d’où s’ensuivent les meurtres et les rapines. »

Il est même permis, voire encouragé, de tirer parti de certaines opportunités sociales afin de s’attirer la sympathie et le soutien de son peuple.

Les conseils de Machiavel ont une base historique et pragmatique et visent une entreprise ambitieuse, celle de réunir le peuple autour d’un dirigeant providentiel. Il s’agit donc d’un traité de philosophie politique qui ne s’embarrasse pas de considérations morales superflues.

Dans ses formulations, il s’éloigne dès lors des idéaux chrétiens prônés de manière majoritaire dans l’Europe de la Renaissance : tolérance, charité, paix, sacrifice de soi, douceur, abnégation, humilité, etc. Certains religieux considérèrent donc les propos de Machiavel diaboliques.

En 1539, le Cardinal Reginald Pole (un prêtre anglais de sang royal) écrivit à Charles V que

« Ce livre est écrit par le doigt de Satan au même titre que les Saintes Ecritures sont supposées avoir été écrites par le doigt de Dieu »

Cet anathème à l’encontre du Prince eut un impact majeur puisqu’il contribua à cette odeur de soufre qu’il a encore aujourd’hui. L’idée sous-jacente est bien que tout principe de gouvernance qui s’éloigne des Saintes Écritures est d’inspiration diabolique. Le terme « machiavélisme » est dès lors fortement connoté : il évoque des pratiques hérétiques qui s’éloignent des valeurs chrétiennes. Machiavel devint une figure du Malin.

Mais que vient faire le Diable en psychiatrie légale ? Et qu’en est-il de cette sombre triade qui n’est pas sans rappeler la Sainte trinité (celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit vieille de 2000 ans) ?

Sous des couverts de concepts psychiatriques et de statistiques multiples, ne retrouve-t-on pas là une dualité séculaire entre le Bien (présenté comme garant de la concorde sociale) et le Mal (antre du chaos susceptible de détruire la civilisation humaine) ?

La sombre triade serait ainsi une réactivation des valeurs chrétiennes plaçant un idéal de civilisation au-delà des débats sociaux. L’axiome de départ est celui-ci : tuer son prochain est un signe psychiatrique inquiétant qui nécessite une prise en charge adaptée. Bien que l’on puisse admettre qu’un certain nombre de personnes se rassemblent autour de cet axiome, il faut bien admettre qu’il n’a rien de scientifique. En effet, aucune étude scientifique n’a jamais pu répondre fondamentalement à la question du licite et de l’illicite. Ces deux concepts sont d’ordre moraux, éthiques et idéologiques. Or, ni les mœurs, ni l’éthique, ni les idéologies ne reposent sur une logique scientifique. Ni le bien ni la mal n’ont d’existence scientifique.

De nombreux travaux psychiatriques et psychologiques traitant de la sombre triade suivent une méthodologie plutôt scientifique mais reposent en réalité sur un socle de base qui ne l’est pas. La maison est construite sur une modèle rationnel mais la chape enfouie sous le sol est quant à elle idéologique et dès lors irrationnelle.

Il est intéressant de constater ici que les sciences du psychisme aspirent parfois à se dégager de leur héritage idéologique mais sans y parvenir. Lorsque le psychiatre ou le psychologue qui interviennent dans le champ pénal s’expriment sur tel ou tel comportement problématique pour la société, ils ne peuvent le faire en partant du paradigme scientifique mais seront contraints de puiser dans un substrat moral plus ou moins bien caché. S’exprimer sur la valeur sociale de tel ou tel comportement relève de la philosophie morale, qui est une discipline en elle-même très intéressante mais répondant à d’autres règles que le paradigme scientifique.

Dans le cas de la sombre triade, le substrat moral n’était pas enterré très profondément.

Références

Christie, R., & Geis, F. L. (1970). Studies in Machiavellianism. New York, NY: Academic Press.
Cleckley, H. (1941). The Mask of Sanity.
Paulhus D. L. & Williams K. M. (2002). The Dark Triad of personality: Narcissism, Machiavellianism, and psychopathy. Journal of Research in Personality, 36, 556–563.
Machiavel N. (1513). Le Prince.
Muris P., Merckelbach H., Otgaar H. & Meijer E. (2017). The Malevolent Side of Human Nature: A Meta-Analysis and Critical Review of the Literature on the Dark Triad (Narcissism, Machiavellianism, and Psychopathy). Perspectives on Psychological Science,  12(2), 183–204. http://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1745691616666070
Pole R. (1539). Apologia.

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Gul’dan ou l’échec du processus de socialisation

gul_danEn août 2016, Blizzard s’apprête à sortir une nouvelle extension pour World of Warcraft (wow) appelée « Légion ». Des histoires animées particulièrement esthétiques accompagnent la promotion de cette extension. Une de ces histoires relate le passé d’un des méchants principaux de l’univers de Warcraft, Gul’dan. Elle apporte un éclairage différent du personnage. Pour ce billet, nous nous intéressons principalement à cette histoire. L’histoire de Gul’dan est évidemment plus complexe lorsqu’on la prend dans sa globalité.

Gul’dan est un jeune orc chétif à la démarche bancale qui ne parvient pas à trouver sa place dans le clan. Le chef de celle-ci le maltraite et décide de l’exclure. Avant son départ, le chaman de la tribu l’invite à se rendre au trône des éléments, un lieu sacré. Gul’dan erre dans le désert, ressassant sa rancœur vis-à-vis de ses pairs. Il se résout à trouver le trône des éléments. Au comble de son désespoir, les éléments se manifestent, l’approchent… mais l’abandonnent aussitôt comme effrayés. Le désespoir laisse alors la place à la haine, une haine qui ouvre la porte à la gangrène, une énergie verte qui entre en lui. Renforcé par cette nouvelle énergie, il retourne dans sa tribu et décime chacun de ses membres, effaçant ainsi jusqu’à son souvenir.

Comme à l’accoutumée, nous allons nous intéresser à cette histoire afin de retracer les origines du mal. Quels sont les éléments biographiques qui mènent un personnage à devenir une figure machiavélique ? L’histoire de Gul’dan peut être vue comme une parabole du mal.

Elle commence par le rapport que le jeune entretient avec la société. De manière métaphorique, le clan représente l’ordre social, ordre régi par des règles précises et surtout ancestrales. En effet, on devine que le fonctionnement du clan est héritier d’une histoire qui dépasse chacun de ses membres. C’est cette histoire qui est censée façonner le jeune enfant afin qu’il en introjecte les valeurs principales et qu’il puisse cohabiter avec ses semblables. Il s’agit du processus de socialisation qui permet à un individu de se sentir appartenir à un groupe social. Cette appartenance à deux fonctions principales : offrir une protection à l’individu face aux dangers extérieurs et soutenir son sentiment d’identité (par exemple en ayant une fonction précise pour le groupe). Pour Gul’dan, le processus d’appartenance groupale est mis en échec car il est porteur d’une tare physique qui l’amène à être l’objet de moqueries et de rejets. Depuis sa naissance, on devine ainsi qu’il se trouva confronté à la haine de ses proches sans contrepartie amoureuse (ses parents ne sont pas présents dans l’histoire). Or, sans être aimé, le jeune enfant ne peut pas reconnaître ce sentiment et ne pourra pas l’exprimer ultérieurement. En effet, aimer s’apprend alors que la violence est première. Pourquoi ? Parce qu’il existe des moments dans la construction du psychisme du jeune enfant. Dans une conception psychodynamique, le nouveau-né ne pense pas à proprement parlé. Le psychisme primitif est un amas de sensations éparses sans ordre ni liaison qui ne fait d’ailleurs nullement la différence entre ce qui est intérieur (le corps de l’enfant) et extérieur (le monde qui environne l’enfant). Le nouveau-né expérimente des sensations désagréables (par exemple la faim) et des sensations agréables (par exemple être rassasié). Ces sensations coexistent d’abord sans cohérence. Petit à petit, elles vont s’organiser et créer des liens plus cohérents. Or ce processus de liaison, le nouveau- né n’en détient pas la clé et la reçoit progressivement de son entourage proche. C’est cet entourage qui sera à l’origine de la mise en ordre des sensations et bientôt des pensées. La condition sine qua non de ce processus de liaison est l’existence de sentiments positifs ou, dit autrement, de l’amour : un nouveau-né que personne n’aime et dont personne ne s’occupe meurt rapidement.

Gul’dan n’est pas mort. Et pour cause, on ressent que le vieux chaman de la tribu l’a aimé a minima, a tenté de l’intégrer au groupe. C’est au moment où cette unique figure bienveillante l’abandonne que ce qui reliait Gul’dan à l’humanité vacille. Il va peut-être mourir. Les corbeaux le guettent. Il maintient toutefois l’espoir qu’il trouvera sa place dans un ordre cosmique plus large. Les quatre éléments représentent cet ordre au sein duquel il faut trouver sa place.

« Quel est le sens de ma vie ? Que fais-je là ? »

Sans plus personne pour l’aimer, il échoue à créer un lien avec cet ordre supérieur. Le processus de socialisation est mis une nouvelle fois en échec, définitivement cette fois. Le reliquat d’investissement positif avec le monde extérieur est envahi pour les affects destructeurs. La haine se déverse dans le psychisme. Or, celui-ci s’est nourri d’une conviction inébranlable : il est tout-puissant. Le triomphe narcissique est total… ou presque. En effet, pour parfaire cette toute-puissance, il ne reste plus qu’à transformer le monde extérieur pour qu’il soit conforme au monde intérieur. Il s’agit de l’étape suivante : prendre le contrôle de l’environnement afin d’éviter toute contradiction.

« Puisque je suis tout-puissant, je dois supprimer tout ce qui mettrait en péril ma toute-puissance. »

Gul’dan entreprend aussitôt d’éradiquer sa tribu. Et pour cause, un être tout-puissant ne peut concevoir avoir été créé par qui que ce soit d’autre. Il doit s’être auto-engendré lui-même et sera éternel. Il lui faut dès lors effacer toute trace de ses origines, tant au niveau matériel que mnésique : ceux qui l’ont engendré n’ont tout simplement jamais existé. Il se rend maître de sa propre histoire, une histoire inflative qui n’a qu’un seul dessein : rendre le monde extérieur compatible avec son psychisme, un psychisme hanté par la haine et la déliaison. Il s’agit d’un monde où il est seul, entouré d’objets qu’il doit contrôler.

Cette parabole de la haine permet de saisir certaines dynamiques psychologiques délinquantes. En effet, certaines personnes tentent constamment d’asservir le monde et les personnes à leurs désidératas et sont prêtes à les détruire s’ils leur échappent. Cette intolérance aux frustrations découle d’une toute-puissance psychique héritière des premiers moments de la vie psychique. Supprimer l’autre, c’est espérer supprimer la souffrance qui découle de la frustration.

Tout ceci nous permet de saisir l’importance des relations précoces que le jeune enfant et le monde environnant entretiennent. Ces relations doivent reposer sur des affects positifs d’amour susceptibles de permettre à l’enfant d’assurer une sécurité psychique de base et de s’aimer suffisamment. Pour s’aimer, il faut avoir été aimé. L’absence de ces relations positives marquent le psychisme au fer rouge et rendent le monde extérieur frustrant et menaçant pour l’individu.

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La caverne de Platon : se libérer des sensations de (contre-)terreur

caverneCes derniers mois ont été marqués par des attentats terroristes en plein cœur de l’Europe ayant provoqué une vague déferlante de fortes émotions : stupeur, indignation, tristesse, colère, méfiance et peur. A l’heure où la France et la Russie pleurent encore leurs morts, la coalition internationale a répondu à la violence par la violence : les points stratégiques de l’Etat Islamique subissent le feu croisé de frappes aériennes. Les gouvernements français et belge ont décrété un état d’alerte soutenu et constant justifiant le déploiement de forces policières et militaires au cœur des villes. Censés rassurer la population, ces dispositifs armés rappellent à celle-ci qu’un danger imminent plane au-dessus de sa tête. La méfiance et la peur sont ainsi maintenues en permanence dans les esprits de chacun.

Les membres de la collectivité sont ainsi pris dans un double mouvement. Le premier est justement celui de la peur d’une réplique terroriste susceptible de causer du tort à des civils. Le second est la réaction gouvernementale qui vise à prévenir ces répliques en instaurant des stratégies de contrôle : fichage voire élimination des individus potentiellement dangereux (lors des interventions policières), arrestations, incarcérations, développement des écoutes téléphoniques, projet de déchéances de nationalité, expulsions, etc.

Le premier mouvement vise à porter atteinte à des symboles des valeurs occidentales prétendument impérialistes. Le second induit une réduction de la vie privée des citoyens et donc des libertés individuelles. Voici donc les populations occidentales en train de naviguer en pleine tourmente, menacées de tomber entre les griffes de Charybde ou de Scylla.

Entre discours sécuritaires et défense de nos libertés, il peut être difficile de garder raison et de prendre une distance suffisante pour retrouver de la sérénité et penser la situation différemment.

Depuis plusieurs jours, me voici poursuivi par une allégorie que l’on retrouve dans le septième livre que Platon a consacré à La République, ouvrage publié en – 315 pour la première fois. Cette période n’est pas anodine car elle correspond historiquement au déclin de la grandeur athénienne, à une désillusion massive du modèle démocratique et à la remise en question des valeurs philosophiques qui avaient connu leurs heures de gloire un siècle et demi plus tôt. Platon avait été profondément marqué par la mise à mort de son maître, Socrate, sur décision des autorités officielles de la ville, épisode qu’il interpréta comme une mise en péril des idéaux de la philosophie. C’est avec courage qu’il entreprit de critiquer la gouvernance de la cité et de proposer des critères minimaux qui devraient être requis pour tout souverain. Dans le développement de son argumentation, Platon fait parler Socrate et aborde une allégorie qui est actuellement célèbre en philosophie, celle de la caverne.

 

Depuis leur enfance, les hommes vivent dans une caverne, enchainés de telle sorte qu’ils ne peuvent bouger ni tourner la tête. Une lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée bordée d’un mur au-dessus duquel des marionnettistes s’activent. Les hommes ne se sont jamais vus mais perçoivent uniquement les ombres de leur corps, celles de leurs voisins et des marionnettes telles qu’elles sont projetées par le feu qui se trouve derrière eux sur le fond de la caverne. Les hommes pensent que ces ombres sont la réalité.

Si l’on venait à libérer un de ces hommes pour le forcer à trouver la sortie de la caverne, il serait ébloui par le soleil extérieur, ne verrait d’abord rien, se plaindrait d’être maltraité et demanderait à regagner l’intérieur de la caverne. Il lui faudrait du temps pour commencer à distinguer la réalité en dehors de la caverne, celle de la vérité et des idées pures. Nourris de celles-ci, il ne souhaiterait bientôt plus retourner dans la caverne par crainte d’être aveuglé, par l’obscurité cette fois. Socrate soutient toutefois qu’il est du devoir de cet homme d’y retourner et d’en mener d’autres à emprunter la même route vers la sagesse. Seules les personnes qui se sont affranchies des ombres de la caverne devraient être autorisées à gouverner les cités.

 

Ce récit comporte plusieurs thématiques très importantes pour Platon. D’abord celle du rapport que l’homme entretient avec la réalité. De prime abord, l’homme fait confiance à ses sensations et à ses croyances pour comprendre le monde sans laisser de place au moindre doute. Il est persuadé de sa juste perception et affirme avec certitude avoir raison. Cependant, ses convictions sont trompeuses car il n’a pas accès à la vérité ni aux idées pures. Cet accès n’est possible qu’en empruntant la voie de l’éducation (par un maître philosophe) et de l’apprentissage des sciences dont la finalité est la pensée dialectique. Celle-ci relativise les connaissances, les met en opposition et permet ainsi l’élaboration d’une pensée nouvelle, unique, personnelle qui transcende les croyances antérieures. L’accès à cette pensée n’est pas possible aux hommes restant dans la caverne.

Platon insiste également sur l’éthique du philosophe qui a une obligation de transmettre sa sagesse aux autres par le biais de l’éducation. Non pas pour imposer ses conceptions mais bien pour amener chaque homme à dégager sa propre pensée grâce à la rigueur dialectique.

Se dégage ainsi un idéal de l’homme philosophe enfin capable de diriger une cité afin de la mener vers le bien pour tout un chacun.

Pourquoi aborder cette allégorie dans le climat de terreur et de contre-terreur actuel ? D’abord parce que tout porte actuellement à penser que les auteurs d’actes terroristes agissent en conformité avec une croyance indéfectible en des discours construits de manière fallacieuse. Ils sont le nez contre le mur arrière de la caverne, incapables de prendre le recul nécessaire à la déconstruction des discours qu’ils ont entendus.

Ensuite, parce que la pièce qui se joue depuis plusieurs semaines est d’une extrême complexité sur la scène internationale, politique, géopolitique, sociologique et psychologique. A ce point complexe que nous semblons bien mal armés pour produire une opinion nuancée sur le sujet. Et pourtant, nombreux sont les commentaires que nous entendons, gorgés de certitudes et de jugements moraux tranchés. Les médias se sont saisis de cette thématique de manière quasiment exclusive, abreuvant la population d’informations diverses. Des citations extraites de leur contexte, des interventions de courte durée, des phrases provocatrices ponctuent ainsi les prétendus débats sur le sujet. Cependant, malgré les heures passées devant la télévision, les enjeux demeurent encore très obscurs. Cela n’empêche toutefois pas tout à chacun de se forger une série de certitudes souvent solidement ancrées. Mais voilà, rien ne nous permet de penser que nous sommes bel et bien sortis de la caverne, que nous nous sommes affranchis des ombres des marionnettistes, que nous avons accédé aux vérités du phénomène à l’œuvre. Pour Platon, cette question est importante car l’homme qui est encore dans la caverne se repose sur des croyances qui l’éloignent de la vérité. Elles en sont même les ennemies. Il ne peut dès lors ne pas y avoir de pensée personnelle tant que ces croyances demeurent. Les hommes se retrouvent ainsi à penser, à parler, à agir en concordance avec les ombres fallacieuses. Ils subissent leurs sensations et répètent en écho ce qu’ils entendent. Est encore dans la caverne l’homme qui agit conformément aux attentes que l’on fait porter sur lui, aux rituels sociaux, aux injonctions qui lui sont faites. Le point commun de ces agissements est leur évidence.

Conformément aux prédictions de Socrate, la sortie de la caverne est un chemin pavé d’épreuves qui nécessite un guide déjà sensibilisé à la philosophie. Encore faut-il que ce guide soit lui-même un jour sorti de la caverne…

Comment savoir que nous sommes en train de sortir de la caverne voire y sommes parvenus ? Pour Platon, il n’y a qu’une seule voie de salut : l’apprentissage des sciences, seules à même d’offrir le moyen de voir des différences là où nous serions tentés de voir des similarités. Il évoque les mathématiques, l’astronomie mais également la gymnastique et les arts. Il s’agit d’un exercice intellectuel constant d’acquisition de nouvelles connaissances en confrontation avec l’avis d’autres personnes. La dialectique vise ainsi à débattre d’une question en usant d’arguments rationnels.

« La méthode dialectique est donc la seule qui, rejetant les hypothèses, s’élève jusqu’au principe même pour établir solidement ses conclusions, et qui, vraiment, tire peu à peu l’œil de l’âme de la fange grossière où il est plongé et l’élève vers la région supérieure, en prenant comme auxiliaires et comme aides pour cette conversion les arts que nous avons énumérés. Nous leur avons donné à plusieurs reprises le nom de sciences pour nous conformer à l’usage; mais ils devraient porter un autre nom, qui impliquerait plus de clarté que celui d’opinion, et plus d’obscurité que celui de science – nous nous sommes servis quelque part, plus haut, de celui de connaissance discursive. » (Platon)

L’exercice est donc complexe mais nécessaire pour libérer sa pensée des entraves qui l’environnent constamment.

Les récents événements dramatiques qui ont secoué nos pays nous convoquent autour d’une question importante : quel modèle de société souhaitons-nous ? Ce fut la même question qui occupa Platon au troisième siècle avant notre ère. Il proposa des pistes pour améliorer la notion de citoyenneté. Ne nous leurrons pas : certaines pistes n’impliquent pas la philosophie et l’éducation des hommes. Au contraire, certains modèles préconisent les raccourcis intellectuels, les apories de raisonnement et le rejet de la complexité. Brefs, certains modèles visent à murer définitivement la sortie de la caverne dans un souci de contrôle des masses que nous formons parfois.

A nous de trouver notre propre chemin vers le bien commun.

« Parce que l’homme libre ne doit rien apprendre en esclave » (Platon)

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« Stolen car » ou le vol comme rencontre du pauvre avec le riche

stolencarS’approprier le bien d’autrui n’est pas un acte anodin et est un interdit qui apparaissait déjà dans les premiers codes écrits de l’histoire humaine. En effet, le vol perturbe l’ordre social car il remet en question la notion de propriété personnelle.

En octobre 2015, Mylène Farmer et Sting remettent au goût du jour une chanson déjà interprétée par le chanteur britannique en 2004 intitulée « stolen car » (« voiture volée » en français). Cette nouvelle version est tantôt chantée en anglais par Sting et tantôt en français par Mylène Farmer. Le clip est diffusé pour la première fois  le 12 octobre 2015 et met en scène les deux chanteurs s’enlaçant dans les rues et dans un hôtel de Paris. Notons d’emblée que les paroles de la reprises de 2015 ne permet pas de saisir précisément la trame scénaristique. Ce sont les paroles originelles qui la posent plus clairement. Quelle est le thème de la chanson ?

Un jeune homme désargenté déambule dans les quartiers huppés cherchant une voiture à voler. Il y parvient aisément et prend la route au volant du précieux véhicule. Alors qu’il conduit, il imagine la vie du propriétaire : bonne situation sociale et financière, une femme et des enfants qui fréquentent des écoles privées. Une odeur de parfum lui parvient et il imagine qu’il s’agit de celui d’une femme, la maîtresse de cet homme à qui la vie semble sourire. Cette maîtresse souffre de rester cachée et attend que l’homme quitte sa femme. Cette dernière, perspicace, a deviné l’existence de la maîtresse de son mari mais cache sa jalousie.

La chanson et le clip offrent ainsi deux scènes. D’abord celle de a réalité : un petit voleur qui vit du vol de voitures. Et puis celle du fantasme : le voleur se prend à imaginer la vie du propriétaire de la voiture.

Il s’agit de la rencontre de deux univers : celui de la pauvreté (le voleur) et celui de la richesse (le propriétaire de la voiture). C’est le vol qui permet cette rencontre. En effet, un tel acte d’appropriation suppose un désir, celui du voleur d’accéder à un autre statut, celui d’un homme ayant supposément réussi sa vie. Il y a donc là une dynamique d’identification : « en volant cette voiture, je deviens un peu comme son propriétaire, je dépasse ma condition malheureuse ». Le vol constitue ainsi une transgression des frontières séparant les classes sociales. Non, les riches et les pauvres ne sont pas censés partager leur vie.

L’identification au propriétaire étant à l’œuvre, le voleur est confronté au stéréotype du riche bourgeois : vie professionnelle très remplie, vie familiale traditionnelle, banale voire ennuyeuse, la maîtresse naïve et malheureuse et les mensonges à qui veut les entendre. Ce riche ne semble guère heureux finalement, embourbé dans ce scénario tant de fois vécu, dans cette mascarade de réussite.

Points communs entre le voleur et le propriétaire : l’insatisfaction de leur vie et le désir d’une « autre chose » indéfinissable, indéfinissable car jamais trouvée jusqu’ici.

La chanson est ainsi porteuse d’une ambivalence : le voleur veut-il vraiment vivre comme le propriétaire de la voiture ? Oui et non semble-t-il. Dépasser sa condition, oui. Vivre la vie d’un bourgeois pathétiquement prototypique, non.

Le personnage de Mylène Farmer – et cela n’apparaît pas clairement dans le clip – est celui de la maîtresse attendant patiemment que son amant l’emmène danser, c’est-à-dire officialise leur relation. Elle est donc en position d’attente passive, dépendante du bon vouloir de cet homme qu’elle aime. Mais elle est également autre chose : elle est l’objet du désir susceptible de libérer cet homme d’une vie dont il est prisonnier. Pourquoi aurait-il cette liaison s’il n’existait pas là un espoir salutaire ? Prendre une maîtresse, aimer une autre femme, rallumer sa vie, espérer qu’elle prenne un nouveau départ. La maîtresse représente dès lors l’espoir que les choses pourraient être différentes. Peut-être goûter enfin à la liberté ? Le désir sexuel et ses promesses de lendemains qui chantent.

Mais l’homme à la voiture ne choisit pas sa maîtresse. Il la garde cachée mais jamais très loin de son corps. Croit-il encore que la liberté puisse exister ?

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La Comté des hobbits ou se protéger d’un monde extérieur dangereux

hobbitFaut-il se cacher du monde extérieur ? La question n’a de sens que si l’on postule qu’il existe une intériorité qui s’oppose à une externalité. En d’autres mots, il existerait un « chez nous » et un « ailleurs » qui ne partage pas le même localisation. Mon texte précédent sur la boîte de Pandore m’a permis d’aborder ce moment particulier de l’histoire humaine à partir duquel des groupes d’individus se sédentarisèrent et définirent ainsi ce qui devint leur territoire à légitimer voire à défendre des contestations extérieures. A quel clan devait revenir une terre fertile ou un lieu stratégique par exemple ? Le territoire acquis et défini, il ne restait plus qu’à assurer la stabilité du groupe et à assurer une paix relative au sein de celui-ci (en instaurant des règles de vie par exemple). Ici naquit l’ébauche de la notion de pacifisme entre les hommes. Ce pacifisme, l’histoire le montre, fut très relatif et fragile puisque l’humanité est semée de guerres et autres conflits parfois très meurtriers.

Dans l’Europe du vingtième siècle, ce fut le traumatisme résultant de la deuxième guerre mondiale qui invita les dirigeants politiques à envisager une situation de paix générale conforme à l’idéal pacifiste qui n’avait jamais pu trouver d’écho suffisant auparavant. Depuis 1945, l’Europe occidentale et les Etats-Unis vivent sereinement au sein de leurs frontières respectives, observant de loin certains conflits aux dimensions variables.

Or, depuis quelques mois maintenant, les conflits du Moyen-Orient, en Ukraine et en Afrique, tous très proches des frontières européennes ont induit de nouveaux mouvements migratoires notamment vers l’Union européenne. Celle-ci doit actuellement accueillir les victimes de ces nouvelles guerres mais rencontre de profondes divergences de la part des Etats qui restent en grande partie libres de pratiquer une politique migratoire en cohérence avec leurs priorités politiques. C’est dans ce contexte que des discours protectionnistes, pessimistes voire racistes émergent. Ces discours ont comme idée commune de laisser « les autres » résoudre leurs problèmes et de ne pas mettre en danger les acquis des populations locales.

Cette recherche de quiétude et de stabilité faisant fi des bouleversements géopolitiques environnants peut être rapprochée d’un personnage de la littérature fantastique : le hobbit.

Les hobbits sont un peuple de petite taille imaginé par J.R.R. Tolkien, d’abord popularisé par son livre pour enfants The Hobbit (1937) puis occupant une place centrale dans The Lord of the Rings (1954).
Fuyant l’émergence du mal près de leurs terres natales, les hobbits parvinrent en Eriador et créèrent la Comté afin d’y vivre en quiétude, loin des soucis du monde extérieur. Dans le Prologue de la Communauté de l’Anneau, J.R.R Tolkien décrit les hobbits de manière précise. Ils aiment la paix, la quiétude, la discrétion, les campagnes bien ordonnées, la nourriture (six repas par jour), la boisson, la fête, les couleurs chatoyantes, les blagues, etc.
Peu enclins au conflit, ils se mêlent peu aux affaires des autres races et s’intéressent peu à leur propre histoire, préférant profiter des moments présents. Ce fut toutefois un hobbit, Sméagol, qui trouva l’Anneau unique jusqu’à perdre trace de son identité en devenant Gollum. L’Anneau rentra en possession de Bilbon puis de Frodon, tous deux hobbits également. Lors de l’émergence du mal souhaitant s’approprier l’anneau, c’est malgré eux que quelques hobbits furent impliqués dans la Guerre de l’Anneau, les autres poursuivant leur vie dans l’insouciance… Jusqu’à l’invasion de leur territoire par le mage Saroumane.
Le hobbit est donc un personnage hédoniste qui profite du moment présent et tente de maintenir toute problème à distance afin de maintenir l’illusion que le présent est éternel, que le temps n’a pas d’impact sur lui. Bien entendu, il s’agit d’une illusion car le monde est en perpétuelle évolution et que de nouveaux défis se présentent de manière plus au moins inattendue.

Il est naturellement humain de vouloir garder ce qui nous procure une sécurité et du plaisir. Les hommes et les femmes répondent ainsi à une logique de constance, même dans des situations de souffrance. Lorsque cette constance est menacée, les stratégies de retrait s’intensifient et peuvent se rigidifier quitte à nier la réalité du changement. Ainsi, lors de la Guerre de l’Anneau, les hobbits pensèrent poursuivre leur vie loin des drames qui secouaient la Terre du Milieu. Ainsi, face à l’affluence des migrants au sein de l’Europe, certains Européens agissent de même. Ce déni peut tenir un temps, parfois des années, parfois des décennies mais rencontre bien souvent une limite. Ainsi l’Histoire force-t-elle souvent les portes les plus solidement scellées au grand dam des personnes qui pensaient y être en totale sécurité.

Les flux migratoires d’hier et d’aujourd’hui ne sont pas des menaces, ces sont les aspects visibles de décisions politiques mondiales desquelles la plupart des hommes et des femmes sont otages. Ils sont le signe que l’Histoire est continuellement en train de se jouer et que nous faisons partie de ce jeu. Ce que nous apprend le Seigneur des Anneaux, c’est que la résolution du problème ne passe pas par le déni de la réalité sociale et la résistance au changement mais bien par le passage à l’action en cohérence avec les enjeux du moment. Il ne s’agit nullement de marquer un accord inconditionnel aux chemins qui se présentent à nous mais bien d’y trouver notre place personnelle et peut-être influer le cours des choses. La force du récit et de soutenir l’idée que le plus insignifiant des êtres peut infléchir le cours de l’Histoire. Cela passe toutefois par une série d’épreuves initiatiques, de peurs et de doutes à dépasser. Ce sont ces épreuves qui permettent à l’être humain de murir, de ne plus être exactement la même personne après qu’avant. A chacun de nous de choisir où poser notre regard : vers le passé, le présent ou l’avenir…

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